Le syndrome du canal carpien est l’un des troubles musculosquelettiques les plus fréquents. Il touche principalement les personnes actives, exposées à des gestes répétitifs. Ce problème peut sembler bénin au départ, mais il évolue souvent vers une gêne permanente, voire une incapacité fonctionnelle, si rien n’est fait. Dans cet article, nous allons décortiquer ce trouble, de ses causes à ses traitements, en passant par les symptômes et les risques encourus en cas de négligence.
Qu’est-ce que le syndrome du canal carpien ?
Le syndrome du canal carpien est une affection liée à la compression du nerf médian. Ce nerf traverse un passage étroit situé dans le poignet, appelé canal carpien. Ce canal est formé par les os du carpe et un ligament épais, appelé ligament annulaire antérieur.
Lorsque l’espace à l’intérieur de ce canal devient trop étroit ou que les tissus gonflent, cela comprime le nerf médian. Cette compression provoque alors divers symptômes qui peuvent s’aggraver avec le temps. Ce syndrome fait partie des troubles musculosquelettiques (TMS), souvent déclenchés ou aggravés par des gestes répétitifs, notamment dans le cadre professionnel. Il peut cependant toucher n’importe qui, y compris les personnes sédentaires.
Quelles sont les causes du syndrome du canal carpien ?
Le syndrome du canal carpien n’apparaît pas par hasard. Il résulte d’une combinaison de facteurs anatomiques, hormonaux, médicaux et environnementaux. Voici les principales causes connues.
Mouvements répétitifs et gestes professionnels
Les métiers qui imposent des gestes répétitifs avec les mains et les poignets sont les plus concernés. Cela inclut :
- Les métiers de bureau (clavier, souris, saisie de données) ;
- L’artisanat (couture, coiffure, mécanique) ;
- La logistique (manutention, emballage, utilisation d’outils vibrants).
Les mouvements prolongés sans pause favorisent l’inflammation des gaines tendineuses, ce qui augmente la pression dans le canal carpien.
Prédispositions anatomiques
Certaines personnes naissent avec un canal carpien plus étroit que la moyenne. Cette particularité augmente le risque de compression du nerf médian, surtout en cas de surmenage ou de traumatisme local.
Changements hormonaux et rétention d’eau
Pendant la grossesse, des changements hormonaux peuvent entraîner une rétention d’eau, provoquant un gonflement dans les tissus mous, y compris dans le canal carpien. Le syndrome est donc fréquent chez les femmes enceintes, mais il disparaît souvent après l’accouchement.
Pathologies associées
Certaines maladies peuvent favoriser l’apparition du syndrome :
- Diabète: le métabolisme du glucose altère les nerfs périphériques.
- Hypothyroïdie: ralentit le métabolisme et favorise la rétention d’eau.
- Polyarthrite rhumatoïde: inflammation chronique des articulations.
- Obésité: augmente la pression sur les tissus.
Symptômes du canal carpien : comment les reconnaître ?
Le syndrome du canal carpien évolue de manière progressive. Les premiers signes sont parfois banals, mais deviennent rapidement handicapants au quotidien.
Signes précoces à ne pas négliger
Le premier symptôme est souvent une douleur au niveau du canal carpien, généralement ressentie la nuit. Elle peut réveiller la personne en pleine nuit, avec une sensation de main engourdie ou « morte ».
S’ensuivent des fourmillements et des picotements dans le pouce, l’index, le majeur et la moitié de l’annulaire. Ces sensations, appelées paresthésies, peuvent s’intensifier à l’effort ou à la station prolongée du poignet dans une certaine position (ex : conduite, téléphone en main, lecture).
Perte de force et maladresse
Au fil du temps, la force de préhension diminue. Le patient a du mal à saisir de petits objets ou à ouvrir un bocal. Il peut également laisser tomber des objets sans raison apparente. Cela indique une atteinte plus sévère du nerf médian.
Aggravation sans traitement
Sans prise en charge, les symptômes deviennent constants. La douleur s’étend parfois à l’avant-bras. Une atrophie des muscles du pouce peut survenir, avec une perte de motricité fine. À ce stade, la récupération est plus difficile, même après un traitement.
Comment est posé le diagnostic du syndrome du canal carpien ?
Le diagnostic du syndrome du canal carpien repose sur un examen médical rigoureux, qui combine observation clinique et examens complémentaires. Cette approche permet non seulement de confirmer le trouble, mais aussi d’en évaluer la sévérité, afin de proposer un traitement adapté.
L’examen clinique : première étape incontournable
La consultation débute toujours par un interrogatoire détaillé. Le médecin cherche à comprendre la nature des symptômes, leur fréquence, leur intensité, et les moments où ils apparaissent. Il pose également des questions sur l’activité professionnelle, les antécédents médicaux, ou les facteurs de risque (diabète, grossesse, usage intensif des mains, etc.).
Vient ensuite l’examen physique. Le médecin observe les mains et les poignets à la recherche de signes visibles : perte de masse musculaire au niveau du pouce, posture anormale, ou douleur à la pression. Il teste la sensibilité et la force musculaire des doigts, surtout ceux innervés par le nerf médian (pouce, index, majeur et la moitié de l’annulaire). Deux tests spécifiques sont généralement réalisés :
- Le test de Tinel: le praticien tapote doucement le trajet du nerf médian, au niveau du poignet. Si cela provoque une sensation de décharge électrique dans les doigts, le test est considéré comme positif.
- Le test de Phalen: il consiste à maintenir les poignets fléchis à 90 degrés, paume contre paume, pendant une minute. L’apparition de fourmillements ou d’engourdissements confirme l’hypothèse d’un syndrome du canal carpien.
Ces tests cliniques, bien que simples, offrent une fiabilité élevée, surtout lorsqu’ils sont croisés avec les antécédents du patient.
Les examens complémentaires : confirmer et quantifier
Dans certains cas, le médecin demande des examens complémentaires pour affiner le diagnostic ou évaluer la gravité de la compression. L’examen de référence reste l’électromyogramme (EMG). Il mesure la vitesse de conduction nerveuse au niveau du nerf médian. En cas de ralentissement significatif, on peut affirmer que le nerf est comprimé. L’EMG permet aussi de différencier le syndrome du canal carpien d’autres pathologies neurologiques (comme une neuropathie diabétique ou une radiculopathie cervicale).
L’échographie du poignet est parfois utilisée en complément. Elle permet de visualiser directement le nerf médian et les structures environnantes. Elle détecte un épaississement du nerf ou la présence d’anomalies comme un kyste synovial ou une ténosynovite. Dans de rares cas, une IRM peut être demandée, notamment si les résultats sont contradictoires ou si l’on suspecte une autre pathologie.
Quelles conséquences risque-t-on si le syndrome du canal carpien n’est pas soigné ?
Le syndrome du canal carpien n’est pas un simple inconfort passager. Lorsqu’il est ignoré ou négligé, il peut évoluer vers des complications sévères et irréversibles. D’où l’importance de consulter rapidement dès l’apparition des premiers symptômes.
Risques neurologiques et perte de fonction
La principale complication d’un canal carpien non traité est la détérioration progressive du nerf médian. La compression chronique entraîne une souffrance du nerf, qui perd en efficacité. Cela se traduit par une perte de sensibilité dans les doigts, des douleurs constantes, et une diminution notable de la force de préhension.
À un stade avancé, on observe une atrophie du muscle thénar, situé à la base du pouce. Cette fonte musculaire, souvent irréversible, limite la capacité de saisir des objets ou de réaliser des gestes fins. Le patient peut alors avoir des difficultés à boutonner une chemise, écrire, ou même porter un sac. Plus on attend, plus la récupération devient difficile, même après une chirurgie. Le délai de prise en charge est donc un élément critique dans le pronostic fonctionnel.
Angine de poitrine : conséquence indirecte, mais sérieuse
Un aspect méconnu, mais préoccupant concerne le lien entre douleur chronique et pathologies cardiovasculaires. Bien que le syndrome du canal carpien ne provoque pas directement une angine de poitrine, il peut y contribuer indirectement.
Les douleurs persistantes, surtout nocturnes, perturbent le sommeil et augmentent le stress physiologique. Chez les patients déjà à risque cardiovasculaire, cela peut favoriser des déséquilibres, une élévation de la tension artérielle, et parfois des douleurs thoraciques assimilables à une angine de poitrine.
Ce n’est pas une relation de cause à effet directe, mais un facteur aggravant à ne pas négliger. Un syndrome du canal carpien non soigné peut donc indirectement nuire à la santé générale, bien au-delà du poignet.
Quels sont les traitements disponibles ?
Le traitement du syndrome du canal carpien dépend principalement de deux éléments : l’intensité des symptômes et le degré de compression du nerf médian. Plus la prise en charge est précoce, plus les traitements conservateurs ont des chances de réussir. En revanche, lorsque le nerf est déjà atteint de manière significative, la chirurgie peut devenir inévitable. L’objectif de la prise en charge est double : soulager la douleur et préserver la fonction de la main.
Traitements conservateurs
Lorsque les symptômes sont modérés et encore réversibles, on privilégie d’abord des solutions non invasives. Ces traitements ont l’avantage d’être accessibles, peu coûteux, et souvent efficaces si le patient est rigoureux.
Port d’une attelle nocturne
L’un des premiers gestes recommandés est le port d’une attelle de repos la nuit. Cette orthèse maintient le poignet en position neutre, ce qui évite la compression du nerf pendant le sommeil. Elle est particulièrement utile chez les personnes qui se réveillent la nuit à cause de fourmillements dans les doigts.
L’attelle peut être portée aussi durant la journée, surtout si l’activité professionnelle sollicite beaucoup le poignet. L’effet est généralement rapide : la douleur diminue, les réveils nocturnes se font plus rares, et la sensation d’engourdissement recule.
Infiltrations de corticoïdes
En cas de douleur persistante malgré l’attelle, le médecin peut proposer une ou deux infiltrations de corticoïdes. Cette technique consiste à injecter un anti-inflammatoire directement dans le canal carpien. L’objectif est de réduire l’inflammation des gaines tendineuses, pour libérer de l’espace dans le canal et diminuer la pression exercée sur le nerf médian.
Les infiltrations peuvent donner un soulagement temporaire de plusieurs semaines à plusieurs mois. Elles sont indiquées chez les patients présentant des symptômes intermittents, ou chez ceux qui ne sont pas immédiatement opérables.
Médicaments et traitements complémentaires
Dans les formes très débutantes, des antalgiques simples ou anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peuvent aider à calmer la douleur. Toutefois, leur efficacité est limitée, surtout si la compression est déjà avancée.
Il est important de rappeler que les médicaments ne traitent pas la cause du problème. Ils doivent être utilisés en complément d’autres mesures, comme le repos articulaire, la modification des gestes, ou la rééducation.
Rééducation et gestes de prévention
Avant d’envisager une opération, il est utile d’essayer d’adapter ses habitudes de vie et d’intégrer des exercices ciblés dans sa routine. Ces approches sont complémentaires aux traitements médicaux et peuvent améliorer considérablement la qualité de vie. Ces ajustements permettent de réduire les contraintes mécaniques sur le poignet, de soulager les structures enflammées et de prévenir la récidive, même après un traitement réussi.
Exercices d’étirement et mobilisation douce
Certains exercices peuvent aider à étirer les tendons et à réduire la tension dans le canal carpien. Il s’agit de mouvements simples à réaliser quelques minutes par jour :
- Étirements progressifs du poignet, sans douleur ;
- Flexions et extensions douces des doigts ;
- Mouvements circulaires du poignet.
La kinésithérapie est également une solution envisageable. Elle permet d’améliorer la mobilité articulaire, de renforcer les muscles de l’avant-bras et de favoriser une bonne vascularisation du nerf médian.
Ergonomie et adaptation du poste de travail
Une grande partie des patients touchés par le syndrome du canal carpien exerce une activité professionnelle manuelle ou bureautique. Il est donc important d’adopter un poste de travail ergonomique :
- Réglage de la hauteur du siège et du clavier ;
- Souris verticale ou trackball ;
- Repose-poignet souple et bien positionné ;
- Fréquence des pauses : toutes les 45 à 60 minutes.
Ces petits ajustements peuvent éviter des mois de douleur et parfois même une intervention chirurgicale.
Modification des gestes quotidiens
En dehors du travail, certains gestes mal réalisés peuvent aggraver le syndrome : tenir son téléphone avec le poignet plié, cuisiner avec un couteau mal adapté, porter des charges en pliant le poignet. Un réapprentissage des gestes du quotidien peut s’avérer nécessaire. L’objectif est d’éviter la flexion ou l’extension excessive et prolongée du poignet.
Quand faut-il envisager l’opération du canal carpien ?
Lorsque les traitements conservateurs ne suffisent plus, ou si l’atteinte du nerf est sévère dès le départ, la chirurgie devient la meilleure option. L’opération du canal carpien est une intervention de routine, qui donne de très bons résultats dans la majorité des cas.
Indications de la chirurgie
Plusieurs signes doivent alerter :
- Douleurs constantes et invalidantes ;
- Perte de force dans la main ;
- Atrophie du muscle thénar (base du pouce) ;
- Absence de réponse aux infiltrations ou à l’attelle.
La chirurgie est alors recommandée pour éviter une aggravation irréversible.
Déroulement de l’intervention
L’opération consiste à libérer le nerf médian en sectionnant le ligament annulaire antérieur du poignet. Cette procédure permet d’élargir le canal carpien et de supprimer la compression. L’intervention est courte (moins de 30 minutes), pratiquée sous anesthésie locale et en ambulatoire, ce qui signifie que le patient rentre chez lui le jour même.
Il existe deux techniques : la chirurgie à ciel ouvert (incision de quelques centimètres) et la chirurgie endoscopique (à l’aide d’une mini-caméra). Le choix dépend de l’habitude du chirurgien et du contexte médical du patient.
Suites opératoires et récupération
Après l’opération, les douleurs disparaissent souvent immédiatement. La convalescence dure toutefois quelques semaines, surtout si la main sert beaucoup dans le travail.
Le médecin propose parfois des exercices de rééducation. Ils aident à récupérer la mobilité du poignet et à éviter les raideurs. En général, les patients reprennent une activité normale en 4 à 6 semaines. La récidive reste rare lorsque l’intervention réussit et que les gestes du quotidien changent en conséquence.
Foire aux questions sur le syndrome du canal carpien
Peut-on guérir sans passer par une opération ?
Oui, dans de nombreux cas. Si le diagnostic est posé tôt, les traitements conservateurs sont souvent efficaces. L’attelle nocturne, les infiltrations et la rééducation peuvent suffire. L’opération est envisagée en dernier recours, si les symptômes persistent ou s’aggravent.
Une femme enceinte atteinte du syndrome du canal carpien doit-elle s’inquiéter ?
Le syndrome est fréquent pendant la grossesse à cause de la rétention d’eau. Il disparaît généralement après l’accouchement. Cependant, si la douleur est intense, une attelle nocturne et du repos sont recommandés. Le traitement chirurgical n’est envisagé qu’en cas de gêne majeure et persistante.
Quels sont les signes qui doivent alerter et motiver une consultation ?
Dès les premiers fourmillements nocturnes, il faut être attentif. Si vous ressentez une douleur au niveau canal carpien, une perte de force, ou des difficultés à tenir des objets, il est temps de consulter. Plus le diagnostic est précoce, plus les chances de récupération sont élevées.
Quelle est la durée de convalescence après une opération du canal carpien ?
En général, les douleurs disparaissent rapidement après l’opération. Une récupération fonctionnelle complète prend entre 2 et 6 semaines. La reprise du travail dépend de l’activité exercée. Une rééducation est parfois proposée pour accélérer le retour à la normale.

